Les monuments du tennis moderne Les monuments du tennis moderne

En cette période de Noël, pourquoi ne pas offrir à vos proches inconditionnels de tennis, l’ouvrage «Les monuments du tennis moderne», des trois auteurs, Guillaume Duhamel, Guillaume Willecoq et Marc Gdalia ? Ce dernier a bien voulu répondre aux questions de MémoireSport, afin de découvrir ce magnifique bouquin sur un pan de l’histoire de la discipline … 

MémoireSport : De prime abord, racontez-nous vos premières amours avec la petite balle jaune ? 

 

Marc Gdalia : J’ai découvert le tennis à l’âge de sept ans, en suivant devant ma télévision la finale de Wimbledon 1978 entre Björn Borg et Jimmy Connors. Par la suite, mon enfance a été largement bercée par les grands duels Borg-McEnroe et Connors-McEnroe. J’ai en particulier conservé un souvenir impérissable de la mythique finale de Wimbledon 1980, avec son tie-break de légende, qui constitua sans nul doute le point culminant de ce sport au cours du XXe siècle. C’était une époque où les tempéraments, parfois volcaniques, des joueurs n’étaient pas bridés par le code de conduite draconien qui a aujourd’hui cours sur le circuit ; un temps où ces confrontations de titans déchaînaient autant les passions par leur opposition de style technique qu’à travers les chocs de personnalités, savoureux et incomparables, qu’elles proposaient. Même si, devant l’impassible « Iceborg » suédois, le bouillonnant « Big Mac » se montrait extrêmement respectueux et se contentait le plus souvent de « laisser parler sa raquette », selon son expression. Mes deux coauteurs, Guillaume Duhamel et Guillaume Willecoq, tous deux nés au cours de la décennie 1980, ont pour leur part attrapé le virus de la balle jaune grâce à la finale de la Coupe Davis 1991 pour l’un, et aux exploits d’un certain Gustavo Kuerten sur la terre battue de Roland-Garros pour l’autre.

 

MémoireSport:  Pourquoi vouloir réaliser un ouvrage sur ce sport ? C’était une idée qui germait dans votre esprit depuis un moment ? 

 

MG : J’ai commencé à y songer lorsque j’ai rencontré – via un site de tennis où nous écrivions régulièrement des articles – un autre authentique passionné, Guillaume Duhamel, journaliste pluridisciplinaire qui avait déjà travaillé par le passé avec plusieurs magazines dédiés à ce sport. Nous avons conçu et initié ce projet ensemble en 2009, avant d’être rejoints en 2012 par Guillaume Willecoq, une plume spécialisée dans le tennis, qui collabore notamment avec la Fédération française de tennis,L'Équipeet Eurosport. Si, dès l’origine, nous avions clairement en tête l’objectif d’être publiés, nous avons fait le choix de travailler à notre rythme, en toute indépendance, sans nous soumettre à la moindre échéance ou contrainte externe. Nous avons ainsi pu peaufiner la forme et le fond, puis finaliser entièrement le manuscrit avant de solliciter les maisons d’édition, à l’automne 2013. L’ouvrage définitif correspond très exactement, dans sa structure comme dans son contenu, à notre ambition de départ : couvrir l’histoire du tennis contemporain à travers ce qu’il a produit de plus beau, de plus grand, de plus fort ; nous concentrer sur ce qui fait l’essence même de ce sport : les champions et les matchs. Dans l’intervalle, il a naturellement fallu nous adapter en permanence pour intégrer l’actualité particulièrement prolifique de ces dernières années, avec la prolongation d’un véritable âge d’or sur le circuit, l’hégémonie écrasante, et sans précédent dans l’histoire, d’un duo (Federer-Nadal) puis d’un trio de champions d’exception (avec Novak Djokovic), sans oublier la multiplication de rencontres mémorables dans les tournois du Grand Chelem.

Les plus beaux points entre Roger Federer et Rafael Nadal

MémoireSport : Aux trois auteurs, ça vous a pris combien de temps au total pour confectionner cet ouvrage ?

 

MG : Quatre années pour Guillaume Duhamel et moi, un an et demi environ pour Guillaume Willecoq. Le temps nécessaire pour à la fois concilier le gigantesque travail de documentation qu’exige un ouvrage de référence de ce type avec nos activités professionnelles respectives, et également pour valider, par touches successives, l’ensemble de nos récits afin de les rendre les plus précis, les plus aboutis et les plus vivants possible.

 

MémoireSport : Une douzaine de joueurs sont notamment présents dans ce livre. On sait que, durant ces quarante dernières années, beaucoup de tennismen ont marqué ce sport, mais comment avez-vous fait pour sortir cette "short-list" ? 

 

MG : Ce fut de loin, et à la différence des matchs, la sélection la plus facile à opérer. Nous avons commencé par délimiter la période que nous souhaitions traiter et avons rapidement opté pour un démarrage en 1974, année charnière marquée par le double avènement de Borg et de Connors au palmarès du Grand Chelem et que nombre d’observateurs considèrent comme le moment où l’ère Open est véritablement entrée dans sa phase de maturité.

 

Ensuite, notre ambition était d’apporter au lecteur un contenu riche, pointu et documenté (avec, par exemple, des biographies de champions de plus de 30 000 signes en moyenne) sans verser dans de courts exercices de style par trop superficiels.

 

Ces deux prérequis (temporel et narratif) étant posés, nous devions nous limiter aux joueurs les plus illustres de ces quarante dernières années. Pour les identifier, nous nous sommes appuyés sur un indicateur tennistique assez peu contestable : le nombre de titres du Grand Chelem remportés. Ainsi les douze « maîtres du jeu » intronisés intitulé de la première partie de l’ouvrage ont-ils pour point commun d’avoir glané au moins six trophées majeurs : Agassi, Becker, Borg, Connors, Djokovic, Edberg, Federer, Lendl, McEnroe, Nadal, Sampras et Wilander. Des noms qui résonnent bien au-delà de la sphère sportive et qui évoquent bien souvent une période précise de nos vies, quel que soit notre degré de proximité avec le monde de la balle jaune.

 

Si nous avions placé la barre à cinq couronnes suprêmes, nous aurions du reste sorti exactement les douze mêmes noms du chapeau, ce qui confirme le statut bien à part de ces géants au sein de l’ère moderne. J’ajouterai que descendre d’un seul cran par rapport au palmarès de ces monstres sacrés aurait suffi à galvauder quelque peu la notion de « monuments » du tennis, qui devait rester le fil conducteur de l’ensemble du livre.

 

Présentation du livre sur BeIn Sports

MémoireSport :  Le choix des matchs d'anthologie présents dans le livre n'a pas dû être facile, en revanche ?

 

MG : C’est vrai, et ce, pour au moins deux raisons. La première, c’est que l'on ne peut s'appuyer ici sur aucun critère totalement objectif pour définir une hiérarchie naturelle entre les grandes rencontres à travers l’histoire. Ensuite, se livrer à cet exercice nécessite de préserver un équilibre minimal entre les décennies, voire entre les principales rivalités, et donc de se montrer d’autant plus discriminant à l’intérieur de chaque période.

 

Pour autant, il existe un certain nombre de « monuments historiques » plébiscités par l’ensemble des spécialistes et classés à jamais au patrimoine universel de chaque discipline. Ces « chefs-d’œuvre absolus » conjuguent en général quatre dimensions essentielles que sont la qualité technique, la dramaturgie du scénario, le rang des protagonistes, le prestige de l’enceinte et de l’événement. Nous les avons traités dans une première sous-partie où l’on retrouve, par exemple, la finale de Wimbledon 1980 entre Borg et McEnroe, celle de 2008 entre Nadal et Federer ou encore le quart de finale de l’US Open 2001 entre Sampras et Agassi.

 

Mais le tennis, c’est aussi, parfois, de la sueur, du sang et des larmes, avec des rencontres épiques qui restent gravées dans les mémoires non pas en raison de leur niveau de jeu, mais parce qu’elles ont fait voler en éclats certaines limites, connu un déroulement totalement insolite, véhiculé une intensité émotionnelle hors du commun… Le service à la cuillère d’un Chang perclus de crampes à Roland-Garros, en 1989, contre Lendl, la victoire d’un Sampras titubant face à Corretja, lors de l’US Open 1996, après avoir vomi sur le court et s’être servi de sa raquette comme d’une canne, le marathon du siècle entre Isner et Mahut (onze heures et cinq minutes de jeu, 70-68 au cinquième set !) au premier tour de Wimbledon en 2010, et tant d’autres. Ces épopées, nous les avons racontées dans une seconde sous-partie que nous avons intitulée « Au bout d’eux-mêmes ».

 

MémoireSport : Raconter ces différentes histoires, c'est aussi une façon de s’immiscer intimement au sein de la légende tennistique, décrypter certains visages qui nous sont encore aujourd’hui mystérieux ?

 

MG: Nous souhaitions en effet analyser les parcours de construction de toutes ces légendes, mettre en perspective leur vie d’homme et leur œuvre de champion, retracer ces destinées dans toutes leurs dimensions. Les amateurs de petites histoires y puiseront de nombreuses anecdotes savoureuses et souvent méconnues, les plus férus de chiffres s’attarderont longuement sur les annexes statistiques qui reprennent l’ensemble de leurs records à la fin de chaque portrait. Pour l’heure, les réactions que nous avons pu lire semblent indiquer que l’ouvrage intéresse aussi bien le grand public que les experts de la balle jaune.

 

MémoireSport : Le tennis s'est grandement métamorphosé en quelques années, vous, amoureux de tennis, à ce jour votre plaisir de suivre ce sport reste-t-il intact par rapport à il y a une dizaine-vingtaine d'années ?

 

MG: Le ralentissement des surfaces et l’évolution du matériel ont certes pénalisé la variété des styles de jeu et entraîné la quasi-disparition des adeptes d’un service-volée académique. Pour autant, comment répondre par la négative à cette question avec la période dorée et unique que nous vivons depuis le milieu de la décennie 2000 ?
 

 

MémoireSport : Petite question personnelle, êtes-vous plutôt Lendl ou McEnroe ? Nadal ou Federer ? 

 

MG: Interroger un auteur de tennis sur ce sujet équivaut presque à demander à un journaliste politique pour quel candidat il vote… Plus sérieusement, avec les années, ma passion pour ce sport a peut-être pris le pas sur mes prédilections personnelles pour tel ou tel champion.

 

Le talent de John McEnroe, l’homme du coup d’éclat permanent, m’a toujours fasciné. Je l’ai ainsi soutenu dans sa rivalité avec Ivan Lendl, en particulier durant cette inoubliable finale de Roland-Garros 1984 qu’il a longtemps éclaboussée de toute sa classe, avant de s’incliner en cinq manches. Sensible à la fluidité et à l’esthétisme incomparables de sa gestuelle, je reste également un fan inconditionnel de Roger Federer, tout en éprouvant une admiration sans bornes tant pour le jeu que pour la personnalité extraordinaires de Rafael Nadal. Très clairement, je ne me suis jamais inscrit, pour ma part, dans une opposition manichéenne entre ces deux légendes vivantes.

 

MémoireSport : A quand un livre à propos des "reines des courts" ? Avez-vous d’autres projets littéraires (ou autres) sur votre sport favori ?

 

MG: Nous n’avons encore rien programmé à ce stade, mais la suite logique serait en effet de rendre hommage aux déesses du tennis féminin. Peut-être nous faudrait-il même remonter jusqu’à Suzanne Lenglen et Helen Wills, les deux mythes invincibles de la première moitié du XXe siècle.
 

 

« Les monuments du tennis moderne »

Auteurs : Marc Gdalia, Guillaume Duhamel et Guillaume Willecoq

Préface de Philippe Bouin, journaliste à L’Equipe

Editions Sutton

Prix  25€

 

Entretien MémoireSport

 

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